LE WOKISME

Vendredi 13 mai 2022

Idéologie woke, wokisme, qu’est-ce c’est ?


Vous avez peut-être déjà entendu le mot “wokisme” ou l’expression “être woke”, puisque ce mouvement a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux et auprès des plus jeunes générations.

C’est un sujet complexe, qui est à la fois défendu et critiqué, mais on va essayer de t’expliquer tout ça.

Si tu te demandes ce que ça veut dire ou que t’aimerais mieux comprendre l’origine du mouvement, cet article est fait pour toi 👇


Ça veut dire quoi “woke” ? Ça vient d’où ?


🤔 Le terme « woke » est issu du verbe « to wake » en anglais, c’est un dérivé argotique de “awake” qui veut littéralement dire « être éveillé ». Il a été détourné de sa définition première et signifie aujourd’hui le fait d’être « attentif et réceptif aux problèmes sociaux au sein de notre société tels que le racisme et les inégalités sociales », selon la définition du Cambridge Dictionary.


A l’origine, cette idée vient des Etats-Unis et de la lutte des Afro-Américains contre les discriminations raciales et les violences notamment. Son utilisation dans le sens de “rester éveillé face aux inégalités” intervient pour la première fois en 1938 dans la musique de Lead Belly Scottsboro Boys ; « best stay woke, keep their eyes open » (« il vaut mieux rester éveillé, garder les yeux ouverts »).


📰 Il refait surface 24 ans plus tard dans un article du New York Times, mais c’est seulement en 2014 suite au meurtre de Michael Brown, un jeune de 18 ans abattu par des policiers, que le mot va se démocratiser pour de bon. Ça concorde avec le mouvement Black Lives Matter qui prenait de plus en plus d’ampleur. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans l’universalisation du terme, notamment pour lui faire passer le pacifique et le populariser en Europe.


L’évolution du “wokisme”


🗣 Le sens premier du mot “woke”, qui signifiait donc d’abord un combat contre les inégalités, s’est, par ailleurs, élargi, en même temps qu’il s’est popularisé. Il fait désormais référence aux militants antiracistes et féministes, à la lutte contre toutes les discriminations, au combat pour la protection du climat et de l’environnement, et contre le réchauffement climatique, et bien d’autres encore.

Le wokisme comprend aussi aujourd’hui l'écriture inclusive, les études de genre, ou encore la remise en cause de certaines figures historiques.

Finalement, c’est un terme qui permet aujourd’hui de regrouper la majorité des combats du 21ème siècle. Comme notamment, la question de la discrimination raciale au travail, dont on a parlé davantage dans cet article si ça t’intéresse.


En France, les récentes présidentielles avaient renforcées la présence du terme woke dans les différentes médias. Une étude de France Info montre que sur le Twitter francophone, il apparaît désormais presque 700 fois par semaine.

Plusieurs mots dérivent du mouvement woke, comme par exemple : la cancel culture, le privilège blanc, la culture du viol, le patriarcat, le racisme systémique, ou encore les personnes racisées.

Autant de choses que le wokisme dénonce et tend à combattre.


Qui sont les “wokistes” ?


🤝 Les “wokistes” sont des personnes qui vont défendre l’idéologie woke, la woke culture. Ils estiment que certains individus subissent des violences et des inégalités, à cause de leur couleur de peau, race, milieu social, religion, genre, sexe, ou orientation sexuelle. Ce sont donc des injustices ethniques, raciales, sexuelles, religieuses, subies par les minorités. Les “wokistes” veulent corriger ces inégalités, et donner de la force aux minorités, mais aussi les protéger.


👱🏻‍♂️ Ces inégalités sont omniprésentes, et pour les wokistes, il faut être conscient de ses privilèges quand on en a. Par exemple, un homme blanc hétéro cisgenre (donc l’identité de genre est en accord avec son sexe) serait plus avantagé, car il n’est pas victime de racisme, ni de sexisme, d’homophobie, ou de transphobie.

Les wokistes dénoncent toute forme de violence et de discrimination telles que les violences sexuelles dans le supérieur qu’on sait assez présentes dans les études médicales notamment.


❌ Les défenseurs du mouvement woke vont dénoncer le racisme, toutes les formes de discriminations, les violences policières, le réchauffement climatique, et combattre pour l’égalité femmes-hommes, le féminisme, le mouvement LGBT, et l’écriture inclusive.

Tu dois encore t’en souvenir, mais en 2017, lors de la “Marche des femmes” aux Etats-Unis, des millions de personnes ont manifesté contre le sexisme et la misogynie de Donald Trump qui venait d’être élu. On identifie ce genre de mouvement à la logique du wokisme.

Pourquoi le terme fait-il débat, polémique ?


🎓 En outre, certains politiques s’inquiètent de l’importance que prend le terme, notamment dans les universités. Selon eux, les étudiants qui ne partageant pas ces idées n’oseraient plus s’exprimer de peur d’être ridiculisés ou tout de suite attaqués par les wokistes. Le débat ne serait donc plus présent et la liberté d’expression menacée, à tel point que certaines écoles ou universités annuleraient des événements, comme des conférences universitaires, face à la pression mise par les étudiants qui partagent les idées du wokisme.


En résumé, ils sont plus bruyants que ceux qui ne sont pas en accord avec eux, et pourraient être accusés d’étouffer toute pensée en contradiction avec la leur.

De fait, ceux qui ne sont pas d’accord avec leurs idées, seraient jugés problématique. Avec cette idée qu’”on ne peut plus rien dire/faire”.


👎 Pour certains, le mouvement woke est jugé comme trop extrême et radical. Sans compter que certaines personnes reprennent ce mot pour parler de tout et n’importe quoi, sans connaître sa signification réelle.


La cancel culture est aussi très critiquée. Pour rappel, la cancel culture (“culture de l’annulation” en français), c’est boycotter une personne (ou une œuvre) parce qu’elle a fait quelque chose qui est jugé comme inacceptable et offensant, et la faire disparaître de l’espace public. Il est reproché au mouvement woke d’inciter à boycotter la personne, alors qu’il n’y a pas toujours de preuve de sa culpabilité, ou que l’action reprochée n’est pas si “grave”, ou de carrément vouloir boycotter une personne juste parce certains ne l’aiment pas.


🪧 Une pétition a d’ailleurs été lancée par l’UNI à l’université « contre le wokisme, l’écriture inclusive et la censure », et a recueilli 12000 signatures. Les opposants au wokisme vont alors se positionner contre l’écriture inclusive, et la censure que peut entraîner le mouvement.

La plateforme Netflix a notamment été accusée d’être “trop woke”.


🗽 Certains reprochent aussi au mouvement de vouloir réécrire et remettre en question l’histoire : des statues ont été déboulonnées, ou vont être remplacées, des nouveaux noms ont été attribués à des rues, etc.

📱 Beaucoup se sont fait critiquer sur les réseaux sociaux pour avoir abordé le sujet, car pour les wokistes : “si t’es pas concerné, t’en parle pas”. Ce qui peut accentuer l’impression de censure qui émane du mouvement.


En plus, les opposants relèvent d’autres paradoxes. Les partisans du wokisme font parfois le contraire de ce qu’ils revendiquent : ils ne font pas tous partie des minorités qu’ils défendent par exemple, ils entraîneraient des divisions violentes et encore plus de discriminations vis-à-vis d’autres personnes qu’ils mettent à l’écart. En somme, ils sont accusés d’une certaine manière, de remplacer un mal par un autre, et de se faire acteurs des abus qu’ils dénoncent pourtant.


🏛 Le ministre de l’éducation nationale a notamment annoncé la création d’un « laboratoire de la république » dont le rejet de l’idéologie woke et de la cancel culture serait au centre. Dans une interview pour le journal Le Monde, il a toutefois déclaré qu’il n’était pas « obsédé par le wokisme », puisque ne pas aller dans le sens du wokisme voudrait dire être contre la lutte des discriminations.


La réalité est cependant plus complexe, notamment puisque le wokisme est né dans un contexte anglo-saxon différent de celui que l’on vit en France. C’est cette différence culturelle qui est notamment avancée par certaines personnes de la classe politique, comme Jean-Michel Blanquer, pour “justifier” de lutter contre cette nouvelle idéologie.


📊 En mars 2021, un sondage de l’Ifop révélait que seulement 6% des français connaissaient la signification de « woke » et 14% déclaraient l’avoir déjà entendu. Nul doute qu’ils sont aujourd’hui plus nombreux que cela, et que ce chiffre ne fera qu’augmenter au gré de l’évolution du mouvement.


En tout cas, vous pouvez désormais dire que vous faites partie de ces 6% de la population après cet article !

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